Merci à Jacques-Philippe Saint-Gérand, dont le texte "Parcours de la syllepse, des pentes du Mont Hybla à l'incendie de Troie", très riche et rigoureux a permis d'étayer cette modeste contribution à l'art de la syllepse.

La syllepse a oscillé tout au long de son existence longue et tumultueuse, entre deux définitions d'ordres différents. En effet, grammaire et rhétorique se disputent la syllepse depuis le XVIIè siècle. Si, de nos jours, une interprétation semble avoir vaincu l'autre, ce n'est peut-être que provisoire. Qui sait ?

La syllepse, comme figure de grammaire peut se définir ainsi (Académie 1762) : figure par laquelle le discours répond plutôt à notre pensée qu'aux règles grammaticales. Il est six heures, au lieu de dire, Il est la sixième heure, est une syllepse.

La syllepse, en terme de rhétorique (Académie 1835) : figure par laquelle un mot est employé à la fois au sens propre et au figuré. Cette phrase, Galatée est pour Corydon plus douce que le miel du mont Hybla, renferme une syllepse.

 

Voici quelques syllepses tantôt rattachées à l'un ou l'autre des concepts :

Virgile : Ergo Sardoïs videar tibi amarior herbis (quoique je te paraisse plus amer que les herbes de Sardaigne)

Racine dans Andromaque :

Je souffre tous les maux que j'ai faits devant Troie

Vaincu, chargé de fers, de regrets consumé,

Brûlé de plus de feux que je n'en allumai.

Racine, encore :

Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge,

Vous souvenant, mon fils, que caché sous ce lin,

Comme eux vous fûtes pauvre et comme eux orphelin.

Buffon : La nourriture ordinaire de l'écureuil sont des fruits, des amandes, des noisettes, de la faîne et du gland.

"La plupart des hommes sont bien fous"

Victor Hugo - Booz endormi :

Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,
Vêtu de probité candide et de lin blanc ;
Et, toujours du côté des pauvres ruisselant,
Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.

Au fil du temps, depuis que les hommes manipulent la syllepse, les deux définitions, devrait-on dire interprétations ? se côtoient, se chevauchent, se conjuguent, etc.

Si on traduit en courbe l'évolution grammaticale de la syllepse et ensuite l'évolution rhétorique, on obtient les deux graphes suivants :

Courbe grammaire

Courbe rhétorique

 

Immédiatement, l'idée vient à l'esprit d'associer ces deux courbes pour constater l'influence réciproque de chaque concept sur l'autre :

Courbes ensemble

 

 

Ce qui se traduit en terme d'aires d'influence :

Aires

 

Et bien entendu, tout Echolalien aura fait le rapprochement !